Contemporain

Bilqiss • Saphia Azzeddine

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J’avais beaucoup entendu parler de Saphia Azzeddine et de sa plume sans concession. Bilqiss est son dernier roman paru en début d’année et c’était celui avec lequel je souhaitais commencer ma découverte de l’auteur. Ce n’était pas forcément prévu dans mes projets de lectures du moment mais je n’ai pas pu résister à l’emprunter à la médiathèque où je travaille quand je l’y ai vu.

Résumé …

« Vous priez encore Dieu ? – Bien sûr. Pourquoi ne le ferais-je pas ? – Eh bien, il me semble qu’Il vous a abandonnée ces derniers temps. – Allah ne m’a jamais abandonnée, c’est nous qui L’avons semé. » Bilqiss est l’héroïne de ce roman : c’est une femme indocile dans un pays où il vaut mieux être n’importe quoi d’autre et si possible un volatile. On l’a jugée, on l’a condamnée, on va la lapider. Qui lui lancera la première pierre ? Qui du juge au désir enfoui ou de la reporter américaine aux belles intentions lui ôtera la vie ?

Mon avis …

Je m’étais beaucoup intéressée à ce livre avant même de l’avoir lu, j’avais suivi l’auteur dans ses interventions à son sujet notamment à la télévision, et j’avais une très forte envie de découvrir le contenu de ce livre, le message qu’il porte également. Je n’ai pas pu le lâcher et, pour être très claire, je l’ai lu en une journée. C’est le type de romans qui se lit d’une traite, qu’on ne repose pas parce qu’il nous attrape et ne nous lâche plus jusqu’à la dernière ligne.

La raison à cela ? Sans doute la force de l’écriture de l’auteur mais aussi de l’histoire en elle-même qui, si elle est romancée, n’est pas, bien évidemment, sans s’inspirer de ce que vivent des millions de femmes à travers le monde. Des femmes privées de toute liberté, persécutées par des hommes qui, au nom d’un Dieu, prétendent leur être supérieur. Saphia Azzeddine évoque dans Bilqiss la religion musulmane et l’interprétation du Coran par des hommes qui, au nom de ce texte qu’ils ne comprennent pas ou qu’ils transforment, diabolisent la femme, l’enferment sous des burqas, voyant en elle une tentation malsaine dans chaque pan de sa féminité, de sa personne.

Pour porter ce message, c’est une femme, Bilqiss qui fait face à un jugement pour avoir osé faire l’appel à la prière. Un acte condamné par tous et pour lequel elle encourt une peine ignoble : la lapidation sur place publique. Face à la barbarie des hommes, une femme cultivée, forte, qui refuse de se taire. Qui ose dire ce qui dérange. Qui les inonde d’une langue recherchée et d’une réflexion poussée. Bilqiss est une voix magnifique pour toutes ces femmes qui se taisent, chaque jour. Auxquelles on ne donne pas la possibilité de s’exprimer.

« Pour nous, la burqa était une seconde peau. Une seconde peau pour nous caparaçonner comme de vulgaires juments bonnes à monter et bien entendu teinte dans des couleurs chatoyantes, allant du mauve au myosotis et du jais au jaune safrané. Ces salopards n’avaient pas de coeur mais ils avaient du goût et lorsque nous nous faufilions au milieu d’eux ou disparaissions dans les ruelles sombres du village, c’est un tableau vivant qui se dessinait sous leurs yeux. J’avais d’ailleurs décoloré systématiquement toutes mes burqas dans des litres de Javel pour ne pas donner de relief à leur paysage. Pour hurler en silence tout le dégoût qu’ils m’inspiraient. »

Ce roman est aussi une véritable réflexion sur la religion en elle-même. Loin de stigmatiser la religion musulmane en dépit des horreurs commises par des prétendus musulmans qu’il dénonce, ce texte met en lumière la foi intérieure. C’est d’ailleurs là toute la défense que prône Bilqiss : savoir que le Dieu qu’ils invoquent n’est pas le sien, que le Coran qu’elle aime n’est pas le leur.

J’ai peut-être été moins sensible aux deux autres voix de ce livre : la journaliste américaine et le juge. Ils me sont apparu comme très secondaires et loin d’être indispensables à ce livre qui est porté par le personnage incroyable de Bilqiss, seule capable de donner à ce texte une force si grande.

Pour résumer …

Bilqiss est une voix pour toutes ces femmes qui se taisent face à la barbarie, face aux persécutions que des hommes perpétuent au nom d’un Dieu et d’une foi. Une réflexion sur la religion et un personnage inspirant qui font que ce roman se lit d’une traite.

Ma note : ★★★★★☆
(17/20)

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11 réflexions au sujet de « Bilqiss • Saphia Azzeddine »

  1. Très bel article, j’ai vraiment envie de découvrir ce livre maintenant. Ce que je trouve particulièrement intéressant c’est d’entendre la voix d’une croyante sur le sujet plutôt qu’une simple condamnation de l’islam. Tu m’as rendue curieuse! 🙂

  2. j’ai vraiment beaucoup aimé ce portrait d’une femme charismatique et insoumise. Comme toi j’ai moins accroché aux personnages secondaires, mais quelle force, quel caractère que cette Bilqiss!

  3. J’ai lu deux de ces romans, appréciables, et comme vous je me suis intéressée à Bilqiss en la voyant en parler dans une émission télé. Votre critique, bien amenée, pousse un peu plus loin ma curiosité. Il sera dans ma P.A.L 😉

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