Contemporain

Lettre à la République des Aubergines • Abbas Khider

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Il s’agit du premier roman de la maison d’édition Piranha que je lis alors que leurs publications m’intéressent toujours beaucoup. Ce ne sera pas le dernier, j’en suis sure, et je les remercie pour cette lecture.

Résumé …

Bagdad, 1997. Salim, jeune étudiant, est arrêté par la police pour avoir lu des livres interdits lors de soirées entre amis de l’université. Torturé, il parvient à taire le nom des filles qui y participaient, parmi lesquelles se trouvait Samia, sa petite amie. Grâce aux relations de son oncle, un riche industriel bien vu du régime, il est libéré dans l’attente de son procès et parvient à s’enfuir via la Syrie. Comme de nombreux exilés irakiens qui servent de main d’oeuvre bon marché, il trouve refuge à Benghazi, en Libye, où il devient simple ouvrier en bâtiment. Désormais sans nouvelles de ses proches, de ses amis et de Samia, son seul but est de faire parvenir une lettre à sa bien-aimée pour l’assurer de son amour fidèle. Mais, de la Lybie à l’Irak, les dictateurs règnent en maîtres (Kadhafi en Libye, Moubarak en Égypte, Abdallah en Jordanie, Hafez el-Assad en Syrie et Saddam Hussein en Irak) et la censure veille. Faire passer une lettre à travers ses mailles est une entreprise difficile et dangereuse. Fin 1999, Salim découvre l’existence d’un réseau clandestin de courrier qui couvre tout le monde arabe. Sans crainte des représailles dont la destinataire pourrait faire l’objet, il ose enfin envoyer sa déclaration à Samia et la confie, moyennant 200 dollars, à ce réseau semi-mafieux très bien organisé. Abbas Khider invite le lecteur à suivre le parcours chaotique de cette lettre d’amour. Chaque chapitre, très bref, donne la parole à un des intermédiaires qui se trouve en sa possession.

Mon avis …

Je lis beaucoup de romans sur les pays du Moyen-Orient et du monde arabe en général, toujours très intéressée par les conditions de vie des peuples dans ces pays, par les régimes politiques qui y sont appliqués et qui conduisent à des situations inimaginables. L’idée de cette lettre envoyée clandestinement par un jeune homme à la femme qu’il aime m’a donc interpellée. Dans ces pays où tant d’hommes et de femmes doivent partir et tout quitter, s’exiler pour survivre, j’ose imaginer qu’ils sont nombreux à espérer un jour contacter les personnes qui leur sont chères. Le fait que l’auteur lui-même ait été fait prisonnier en Irak et se soit exilé ensuite pour des raisons politiques rendait, je trouve, le livre encore plus intéressant.

C’est donc le parcours de cette lettre que l’auteur nous invite à suivre puisqu’elle va voyager de pays en pays et de mains en mains pour la faire arriver à Bagdad, sa destination. Entre temps, nous allons donc découvrir plusieurs personnages et leur rôle dans ce circuit clandestin. Ils évoluent tous dans des pays différents, ont des métiers différents, des vies différentes et pourtant tous subissent des dictatures, des censures, des contrôles, des privations de liberté, des situations de guerre. Il y a un mélange de drôlerie et de tristesse dans ce livre qui le rend particulièrement poignant.

Chacun de ces passages est intéressant par l’aperçu qu’il nous donne de toutes ces sociétés et du quotidien de tous ces peuples. En seulement 140 pages, ce livre a un réel intérêt pour cela. Même s’il était annoncé que c’était la lettre que nous allions suivre, j’ai pendant tout le roman regretté un peu qu’elle ne soit pas plus au centre de l’histoire. L’auteur de la lettre est un personnage qui m’intéressait beaucoup et j’ai été un peu déçue qu’on le quitte définitivement après le premier chapitre.

En fermant le livre, on est forcément un peu triste parce que tout ceci a un goût d’inachevé, parce qu’on aurait aimé que cette histoire d’amour soit davantage au centre du livre. C’est ce réseau qui est finalement évoqué dans la totalité du roman, et la lettre n’est qu’un prétexte pour cela mais mon petit coeur romantique aurait bien aimé que l’auteur nous donne un peu plus de réponses ou, en tout cas, développe un peu plus les deux personnages que la lettre concerne. Le roman aurait eu une ligne directrice plus forte et surtout une histoire beaucoup plus poignante.

Pour résumer …

Une lettre d’amour d’un réfugié qui veut dire à la femme qu’il aime qu’il est toujours en vie. On suit le voyage de la lettre, ce réseau clandestin et tous les personnages que la lettre croisera, en oubliant malheureusement un peu les deux personnages concernés par la lettre. Toutefois, c’est un aperçu intéressant de plusieurs peuples et dictatures à la fois drôle et triste.

Ma note : ★★★★☆☆
(14/20)

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4 réflexions au sujet de « Lettre à la République des Aubergines • Abbas Khider »

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