Historique·Jeunesse

Le sel de nos larmes • Ruta Sepetys

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Quand Ruta Sepetys sort un roman et qu’en plus, il évoque la seconde guerre mondiale, je sais que je vais l’aimer de tout mon coeur. Cela avait été le cas pour son premier roman, Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre, qui est un coup de poing comme on en lit rarement. Et même si j’avais moins été convaincue par son second roman, Big Easy, je n’avais aucun doute quant au fait que je serai émue une nouvelle fois par la façon dont l’auteur traite le sujet de la seconde guerre mondiale. Un grand merci à Gallimard Jeunesse qui m’a permis de lire ce roman en avant-première, ce fut une joie immense pour moi. Le livre sera en librairie le 16 juin 2016.

Résumé …

Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées. Chacun né dans un pays différent. Chacun traqué et hanté par sa propre guerre. Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l’avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes… Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhem Gustloff, un énorme navire promesse de liberté…

Mon avis …

Une nouvelle fois, Ruta Sepetys nous offre un roman historique se déroulant pendant la seconde guerre mondiale. Pourtant, elle écrit cette fois-ci sur un aspect méconnu de cette période : le naufrage du Wilhem Gustloff, qui est la plus grande tragédie maritime ayant jamais eu lieu. Et pourtant, elle reste méconnue de tous. Cela est stupéfiant, et c’est typiquement le genre de choses qui me révolte. Je ne peux que me demander comment il a été possible que j’ignore cela si longtemps. Pour enfin redonner à ce drame la lumière qu’il mérite d’avoir, en hommage à toutes les victimes, l’auteur a effectué un travail de recherche extraordinaire, pendant lequel elle a entendu des dizaines de survivants, de familles de survivants. Pour leur redonner une voix. Parce que pendant ce naufrage, des milliers de personnes ont perdu la vie : six fois plus que lors du naufrage du Titanic. Difficile donc de croire qu’une telle catastrophe ait été effacée de la mémoire collective.

J’ai, bien entendu, eu un énorme coup de coeur pour ce roman. Cela était prévisible. Difficile de le poser, les chapitres font entre 1 et 4 pages, bien souvent 2 pages seulement. A chaque chapitre, le point de vue change. Nous découvrons 4 jeunes personnages, de pays différents, qui vont se retrouver ensemble à tenter d’accéder à un bateau leur permettant de fuir les russes. Le roman ne se déroule majoritairement pas sur le bateau cependant, quand bien même cette tragédie est le sujet du livre. En réalité, c’est tout le chemin qu’ils parcourent ensemble avant d’y arriver que l’auteur va développer. Ces longues marches, ces rencontres, la difficulté d’accorder sa confiance à des inconnus, cette foule immense qui essaie de gagner sa place sur le bateau. Plus de 10 000 personnes ont réussi à monter sur le bateau qui avait une capacité de 1000 personnes environ. Faites le calcul. Sans oublier les milliers et les milliers de personnes restées au sol, condamnées. Déchirant.

« La Nature. Voilà une chose que la guerre ne pourra pas me prendre non plus. Les Nazis ne peuvent pas arrêter le vent et la neige ; les Russes ne peuvent pas s’emparer du soleil, ni des étoiles. »

Ce livre brise le coeur, et pourtant je n’ai pas beaucoup pleuré en le lisant. L’auteur ne joue pas vraiment sur la corde sensible du lecteur mais s’attache plutôt à décrire ses personnages, leurs vies, leurs caractères, leurs choix. Il est très intéressant de constater qu’elle n’a pas seulement choisi des personnages admirables, loin de là. En effet, Alfred, l’un d’entre eux, est un allemand qui travaille sur le fameux navire. Admirateur d’Hitler, chacune de ses pensées ou chacun de ses actes nous rebute, nous remplit de colère. On comprend assez vite que c’est un jeune homme désespéré d’être admiré, persuadé qu’il est exceptionnel et en quête perpétuelle de reconnaissance. L’auteur confronte donc ce personnage détestable avec d’autres beaucoup plus attachants. J’ai aimé ces contrastes qui apportent une complexité encore plus grande à son livre.

« Au moment même où l’on croit que la guerre nous a pris tout ce qui nous était le plus cher au monde, on rencontre quelqu’un et on se rend compte qu’on a toujours plus à donner. »

J’ai vraiment eu le sentiment de lire un roman, certes, mais un livre qui respecte l’Histoire. Je crois que l’auteur a eu à coeur de rester au plus près des faits, de rendre son récit crédible, et je crois véritablement qu’il l’est. Cela n’a pas empêché d’avoir une empathie pour les personnages car, évidemment, on sait pertinemment que derrière ces personnages fictifs se cachent des milliers de personnes, qui leur ressemblent et qui ont vécu cela. Le roman est donc extrêmement fort et plus que tout, il est important. Parce qu’il rétablit la vérité, pour que l’on sache et que l’on se souvienne, pour toutes ces vies qui ont été perdues en mer et pour toutes ces personnes qui ont vécu l’horreur.

Pour résumer …

Quand Ruta Sepetys écrit sur la seconde guerre mondiale, elle écrit des chefs d’oeuvre. Ce roman riche et documenté nous offre un aspect méconnu de l’Histoire en racontant la plus grande tragédie maritime ayant jamais eu lieu, par le biais de 4 personnages complexes et leur lutte pour survivre. Un roman puissant et déchirant, mais surtout important dans sa volonté de rappeler toutes ces vies oubliées.

Ma note : ★★★★★★
(20/20)

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14 réflexions au sujet de « Le sel de nos larmes • Ruta Sepetys »

  1. Une tragédie méconnue en effet, un livre qui me tente énormément. Ta chronique est sublime, elle me pousse à l’ajouter aussitôt à ma wish list, sachant que dès le 16 juin, ce livre sera dans ma biblio.
    Je connais de nom Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre, j’ai hésité à l’acheter l’autre jour. Je pense que je vais commencer par celui-ci, tu as l’air d’en avoir un très bon avis également 🙂

  2. Je ne connaissais pas du tout cette tragédie non plus et tu parles de ce roman avec tellement d’amour que j’ai bien envie de le découvrir 🙂 Merci pour ta chronique!

  3. J’ai la chance d’avoir été sélectionnée par BABELIO pour rencontrer l’auteur début juin et comme j’avais adoré tout comme toi « Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre « ,je me réjouis de pouvoir l’écouter au sujet de ce nouveau roman que je ne vais pas tarder à recevoir !Merci pour cette chronique MYMY

  4. Je suis impatiente de le lire du coup! Déjà que le résumé me tentait pas mal entre la Seconde Guerre mondiale et une catastrophe complètement méconnue mais alors là, avec ta chronique… Vivement sa sortie!!

  5. Très belle chronique ! J’ai tellement adoré « Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre » ( https://voyageauboutdelhistoire.wordpress.com/2016/05/20/ce-quils-nont-pas-pu-nous-prendre/ ) que je dois absolument lire celui-ci, même si « Big Easy » n’a pas non plus été un livre que j’ai vraiment apprécié, et c’est dommage.
    Je trouve aussi que l’auteure est vraiment douée, le sujet traité est comme toujours original. Je dois vraiment lire cette oeuvre, car je suis sûre que ç’en est une !!
    Camille

  6. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu envie de relire ta chronique sur ce roman. Tu me donnes envie de le relire, tout ce que tu dis est si juste ! Mon Dieu, mais quel roman. Il se classe parmi mes préférés ❤

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