Interviews d'auteurs

INTERVIEW • Quelques questions à Marie-Claude Vincent

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Il y a quelques semaines, j’ai lu A demain, Lou, de Marie-Claude Vincent, et ce livre m’a profondément émue. J’ai pu échanger avec son auteur par e-mail et j’ai eu le plaisir de pouvoir lui poser quelques questions pour en savoir plus au sujet de son écriture et de son roman. Un grand merci à Marie-Claude pour son temps et sa gentillesse, je suis très heureuse de pouvoir échanger avec une auteur si merveilleuse et je suis d’autant plus heureuse de pouvoir partager tout cela avec vous.

• Marie-Claude Vincent •

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Après « Le Ravin du monde au Temps Qu’il Fait » puis « L’Ombre portée » et « L’Homme de septembre » au Mercure de France, « À demain, Lou » est le quatrième roman de Marie-Claude Vincent. (Source : Robert Laffont)

• INTERVIEW •

1- « A demain Lou » est votre quatrième roman. En quoi est-il différent des précédents à vos yeux ?
Chaque livre est une nouvelle aventure et j’ignore moi-même dans quel chemin il me mènera.

2- Comment vous est venue l’idée d’écrire sur le deuil et de centrer votre histoire sur un personnage aussi jeune que Lou ?
À demain, Lou est, à mon sens, un roman qui, ajusté autour de l’amour d’une fratrie, parle plus de la vie que de la mort. Et ce n’est pas moi qui ai choisi de raconter quatre années de la vie d’une adolescente. J’ai trouvé Lou un matin, assise dans le fauteuil qui fait face à mon bureau, et je l’ai gardée près de moi le temps de faire sa connaissance.

3- Ce qui est sans doute le plus impressionnant quand on lit le roman est la justesse avec laquelle vous avez réussi à vous placer dans la peau d’une jeune fille de 12 ans. Comment avez-vous réussi à écrire avec tant de précision les sentiments qu’elle éprouvait et à rendre le récit si réaliste en ce sens ?
Etre écrivain, c’est abandonner son corps et son cœur pour pouvoir se glisser dans le corps et le cœur de ses personnages. C’est oublier sa date de naissance, son identité sexuelle, l’éducation reçue, ses propres règles. Ainsi peut-on se couler dans la peau d’un vieil homme ou d’un chien. Ainsi peut-on être Lou, qu’il y ait ou non des points communs avec l’adolescente que j’ai été.

4- « A demain, Lou » met en lumière la difficulté pour des parents de survivre à la mort d’un enfant et de continuer à vivre pour les autres enfants qui restent. La communication et les mots sont au coeur du livre, la difficulté qu’ils ont à être dits. C’est d’ailleurs un personnage un peu extérieur, l’oncle de Lou, qui va apporter son aide pour trouver les mots. Vous est-il apparu comme indispensable de faire intervenir un autre personnage pour aider Lou dans sa douleur ? Avez-vous voulu écrire tant au sujet de la douleur des parents que de celle de Lou ?
L’oncle de Lou est le révélateur de la vérité, celui qui parle quand les autres sont enfermés dans le silence. Sa fonction de rééquilibrage n’est probablement possible que parce qu’il vit en dehors du lieu où tout se passe. Aussi parce que, vivant au Japon, il baigne dans une autre culture où la mort n’est pas perçue de la même manière qu’en Occident.
Si Charles n’existait pas dans la vie de Lou, je crois que les parents auraient fini par intervenir d’une façon ou d’une autre mais cela aurait pris plus de temps. Peut-être aussi n’en auraient-ils pas été capables et Lou serait entrée dans sa vie d’adulte en boitant. La douleur des parents n’est ici approchée que par petites touches – les cigarettes sur le balcon, les Kleenex au fond des poches, les repas silencieux – parce que c’est Lou qui raconte l’histoire. Elle est trop jeune pour estimer pleinement le poids de la souffrance générée par la perte d’un enfant.

5- Dans votre roman, Lou dit cette magnifique phrase : « J’avais douze ans. Je croyais que la vie, c’était ça. (…) Je croyais que ça n’aurait pas de fin. ». Comment est-il possible de concevoir l’immuabilité de la mort quand on a douze ans ?
La mort et son jamais plus sont pour moi inconcevables à tout âge. Vis à vis de la mort, la seule différence entre l’enfant et une personne adulte, c’est celle-ci : Couché dans un champ une nuit d’août, les yeux levés vers les millions d’étoiles, l’adulte a la faculté de penser qu’il n’est qu’un tout petit être temporel dans le grand univers. Alors que l’enfant qui regarde les étoiles vit dans le moment présent et baigne dans la certitude que lui et ceux qui l’entourent sont au centre d’un monde merveilleux qui n’a ni début ni fin.

6- En lisant votre roman, j’ai pleuré sans pouvoir m’arrêter et j’ai encore du mal à y penser sans être profondément émue. Aviez-vous conscience de cette puissance émotionnelle de votre récit lorsque vous l’avez écrit ?
La dynamique de l’écriture ne laisse place à aucune forme d’émotion personnelle, de même que je n’imagine pas Rubens ou Giotto en proie au bouleversement lorsqu’ils ont peint Le Massacre des Innocents. La puissance émotionnelle de À demain, Lou, je ne l’ai découverte que par les retours de lecture.

7- Considérez-vous que « A demain, Lou » peut être lu par un jeune public, de l’âge de Lou par exemple ?
Dès 12, 13 ans, certainement.

8- Sur quels sujets aimeriez-vous écrire dans le futur ? Avez-vous déjà une nouvelle histoire en tête ?
Des nouvelles histoires, toujours et encore ! Toutes se penchent sur les fêlures d’un être, en lui depuis la naissance ou infligées par la vie, et comment il compose avec elles.
J’aimerais souligner ici l’importance d’être soutenue par une équipe éditoriale, comme je le suis chez Robert Laffont, et lui redire ma reconnaissance.

9- Que vous apportent, en tant qu’auteur, les échanges et rencontres avec vos lecteurs ? Les avis, positifs ou négatifs, sont-ils constructifs ou perturbent-ils votre travail d’écriture ?
Il est toujours intéressant de rencontrer ses lecteurs, même si ce n’est pas évident pour moi qui vis assez repliée. Chaque retour de lecture nourrit mon travail d’écrivain. En tout cas, quand on est plongé dans l’écriture, rien n’est en mesure de perturber ces instants. Les pensées du monde extérieur sont coupées au même titre que le téléphone !
Dans la seconde phase, celle du véritable travail, qui chamboule les virgules, la syntaxe et fait la guerre aux adverbes, les remarques de mes proches et de mon éditeur sont essentielles pour mener à bien le roman et ceux qui suivront.

10- La lecture fait-elle partie de votre vie ? Avez-vous été inspirée par des romans ou des auteurs en tant qu’écrivaine ?
Je ne suis pas certaine qu’on puisse être écrivain sans être grand lecteur. L’univers de certains auteurs, ainsi que la musique et certains films, me portent plus qu’ils ne m’inspirent. Ce qui fait leurs différences est une perpétuelle source d’énergie.

Un grand merci à Marie-Claude Vincent pour cet interview.

A demain, Lou est en librairie depuis plusieurs semaines.

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3 réflexions au sujet de « INTERVIEW • Quelques questions à Marie-Claude Vincent »

  1. Je l’ai également lu récemment, suite à ta chronique d’ailleurs. J’en avais été bouleversée. D’autant plus que je travaille avec des jeunes enfants et que c’est quelque chose qui me touche en tant que professionnelle aussi.
    Lire ce récit sur le bouleversement familial suite au deuil était encore davantage percutant, également concernent ma pratique professionnelle 🙂
    Lire les mots de l’auteur après avoir lu le roman est réconfortant. Je la trouve très humble et elle porte un regard très beau sur son roman !
    Merci encore pour cette interview, c’est toujours un plaisir de les retrouver 🙂

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