Contemporain

Les mains lâchées • Anaïs LLobet

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Nos mains lâchées est un premier roman en partie autobiographique qu’il me tenait à coeur de découvrir. L’auteur est journaliste et se trouvait aux Philippines lorsque le typhon Haiyan a frappé, en 2013. Merci à Plon pour la lecture de ce titre de la rentrée littéraire dont la sortie est prévue le 18 août 2016.

Résumé …

Madel, journaliste française aux Philippines, passe quelques jours à Tacloban, la ville natale de son petit ami, Jan, quand un typhon s’invite sur l’île. Une vague de six mètres dévaste tout sur son passage en emportant plus de 7.000 personnes. Madel échappe à la noyade, mais Jan a disparu. Elle tente d’assumer son rôle de son journaliste malgré le choc et la douleur.

Mon avis …

Je lis régulièrement sur les catastrophes naturelles (Wave, Après la vague) et il est vrai que je trouve cela important. Parce que même si l’on voit tous les images à la télévision, on a tendance à rapidement oublier ensuite. J’ai trouvé la démarche d’Anaïs LLobet intéressante, d’écrire un roman sur ce typhon qu’elle a vécu, et cette lecture s’est révélée à la hauteur de mes espérances. A la fois touchante et sans artifice.

Dans ce récit dont la partie autobiographique est certaine mais un peu floue, nous suivons le personnage de Madel, journaliste qui vit le typhon lors de son passage aux Philippines, où vit l’homme qu’elle aime. Lorsque le calme revient, elle a perdu ce dernier, ainsi que le petit garçon dont elle avait la responsabilité. Il ne reste d’eux aucune trace. Impossible de savoir s’ils sont vivants, blessés, ou morts. Comme pour les autres survivants, Madel va entamer une longue période de déni, de refus à imaginer le pire. On pourrait s’attendre à ce qu’elle le fasse mais elle ne va pourtant pas entamer de recherches acharnées ; elle va plutôt, sous l’insistance de ses employeurs, se réfugier dans son travail. Il s’agit en effet, pour la chaine d’informations pour laquelle elle travaille, d’une opportunité à saisir : une journaliste immédiatement sur les lieux du drame, disponible pour témoigner, pour filmer, et pour raconter.

Il s’agit-là d’un des aspects les plus intéressants du livre à mon sens puisque l’auteur évoque cette pression qu’a le journaliste, lorsqu’il se trouve au coeur d’une tragédie, de devoir remplir son rôle. De devoir assumer le métier qu’il a choisi et de revêtir alors une casquette qu’il voudrait pourtant oublier quelques instants : celle du journaliste qui se doit d’informer. Difficile alors de trouver le juste milieu entre ce droit au deuil, à la souffrance, et ce devoir d’information. Cette recherche perpétuelle d’images, de témoignages. Pour révéler l’horreur aux yeux du monde. L’auteur a un regard assez acerbe sur cet univers-là. Sur notre société de l’information qui veut toujours montrer davantage, sans réelle limite ni respect des personnes au coeur du drame.

J’ai beaucoup aimé cette lecture. Je l’ai trouvée très juste et très prenante. Parce qu’évidemment, ces images que nous décrit l’auteur nous sont toujours insupportables, quand bien même on ne les a pas vécues. Je n’ose donc imaginer le traumatisme que cela doit être pour les personnes qui les ont traversées. J’ai une certaine admiration pour l’auteur d’avoir écrit ce roman-là. Pour à la fois nous permettre de nous souvenir, toujours, d’apprendre de nos erreurs aussi, et de rendre hommage, d’une certaine façon, à toutes ces vies perdues ce jour-là et les jours suivants. Il me semble certain que cette jeune auteur a beaucoup de talent et beaucoup à raconter. Que ses voyages et son vécu enrichissent ses écrits, et j’espère qu’il y en aura beaucoup d’autres.

Pour résumer …

Un récit en partie autobiographique qui nous fait vivre le typhon Haiyan et la destruction qu’il a causée. Sans jamais aucun artifice, l’auteur raconte avec beaucoup de justesse ces jours qui suivent, les recherches, et le travail de journaliste qui laisse difficilement la part au deuil, à la pudeur, au respect. Un premier roman très réussi pour une jeune auteur à suivre.

Ma note : ★★★★★☆
(16/20)

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7 réflexions au sujet de « Les mains lâchées • Anaïs LLobet »

  1. C’était l’une des auteures qui m’avait le plus passionné lors de la présentation de la rentrée littéraire 🙂 Tu le sais, j’ai prévu de lire son roman ce weekend. J’espère l’aimer autant que toi. Gros bisous !

    1. Ca devait être génial de l’entendre en parler. J’ai pu discuter avec elle et elle a l’air vraiment passionnante en effet ! Tu vas aimer je pense, bonne lecture, j’ai hâte de lire ton avis dessus 🙂

  2. Coucou. Ce roman a l’air très intéressant et très poignant. Je n’ai encore jamais lu je crois de romans ou d’autobiographies qui traitent de catastrophes naturelles, même si j’en ai plusieurs dans ma WL (je ne crois pas en avoir dans ma PAL). Je l’y ajoute en tout cas. Bisous

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