Contemporain

Petit pays • Gaël Faye

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Si on suit un minimum l’actualité littéraire du moment, il n’a pas été possible de passer à côté de Petit Pays. Ce premier roman a fait parler de lui dès le mois d’août, par le biais de ses premiers lecteurs, des libraires aussi. Et puis, il y a eu les sélections de tous les prix littéraires de la rentrée.. Le Prix Fnac, qu’il a remporté, et sa sélection pour le Goncourt (rien que ça!) et, aujourd’hui, le Femina. Ma curiosité l’a donc emportée, évidemment, d’autant plus que l’auteur m’avait beaucoup touchée quand je l’avais entendu parler de son roman à la radio et à la télévision.

Résumé …

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Mon avis …

Avant toute chose, il faut savoir que j’ai commencé ce roman à la mi-août et que, ne réussissant pas à entrer dans l’histoire, je l’avais mis de côté. Un mois plus tard, je l’ai donc repris, et j’ai eu raison de persévérer. J’ai trouvé le début un peu long, j’ai eu des difficultés à vraiment apprécier la plume de l’auteur, et pourtant, à partir de 100 pages, j’ai été captivée. J’aurais certes pu être plus touchée, sans doute que l’écriture y est pour quelque chose, elle est par moments un peu factuelle, bien que très jolie, et c’est peut-être l’émotion qui m’a manquée pour que ce roman me touche davantage. Malgré tout, il est vrai que ce livre mérite son succès parce qu’un premier roman aussi percutant, c’est rare.

« La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais. »

Ce roman est en partie autobiographique puisque Gaël Faye a lui-même vécu au Burundi, de mère rwandaise et de père français. Il était au Burundi à l’âge de Gabriel, au même moment de l’Histoire du pays. Pourtant, ce qui les distingue, c’est la façon avec laquelle ils ont vécu cette période. Dans un interview, Gaël Faye a avoué n’avoir pas réalisé ce qu’il était en train de vivre, à l’inverse de Gabriel. Il s’est donc servi de ce personnage pour tenter de comprendre cette partie de son histoire, de la faire découvrir au monde aussi. Parce que je fais partie de ces personnes qui ignoraient tout du Burundi, j’ai eu la sensation d’apprendre beaucoup au cours de cette lecture. C’est en cela aussi qu’elle est utile. Importante.

« Grâce à mes lectures, j’avais aboli les limites de l’impasse, je respirais à nouveau, le monde s’étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs. »

Avec ses yeux d’enfant qui grandit trop vite, Gabriel nous raconte son pays, sa bande de copains, les jeux, les mangues. Les temps heureux. Et puis soudain, un contexte politique qui va changer l’aspect de son pays et de son quotidien. Soudain, la violence, ces jours de « ville morte » où toutes les violences sont admises, où l’école est fermée. La haine entre les Tutsis et les Hutus. Et le Rwanda voisin et ses crimes, sa population décimée, qui fuit ou qui meure. Sa famille là-bas qui est injoignable. Sa mère qui va tout faire pour les retrouver. Qui va revenir avec la mort dans les yeux et dans les pensées.

« Certains soirs, le bruit des armes se confondait avec le chant des oiseaux ou l’appel du muezzin, et il m’arrivait de trouver beau cet étrange univers sonore, oubliant complètement qui j’étais. »

Gabriel subit cette guerre et ces violences sans y croire, comme on pourrait observer un spectacle. Pour lui, Tutsis et Hutus ne veut rien dire, ils sont tous des êtres humains. Gabriel ne comprend pas la guerre, ne comprend pas que l’on tue sans s’arrêter, sans fin, pour riposter ou pour protéger. Par pure vengeance ou par soif de violence. Gabriel va se battre chaque jour pour rester un enfant, pour ne pas sombrer dans ce cercle de violence qui agite chaque personne qui l’entoure. Pour rester dans sa bulle. Quand ses amis estiment qu’il faut « choisir son camp » et « ne pas rester neutre », Gabriel ne fait que se dire que tout cela n’a aucun sens.

« La mort n’était plus une chose lointaine et abstraite. Elle avait le visage banal du quotidien. Vivre avec cette lucidité terminait de saccager la part d’enfance en soi. »

Pourtant, il va vivre cette guerre parce qu’il vit dans ce pays-là. Il va espérer que sa famille et lui survivent. Il va assister à la disparition progressive de ses proches. Enterrer leurs morts, c’est le quotidien de ceux qui restent. Un génocide marque à jamais celui qui l’ont vécu et qui ont survécu.

« Quand on quitte un endroit, on prend le temps de dire au revoir aux gens, aux choses et aux lieux qu’on a aimés. Je n’ai pas quitté le pays, je l’ai fui. J’ai laissé la porte grande ouverte derrière moi et je suis parti, sans me retourner. »

« Je tangue entre deux rives, mon âme a cette maladie-là. Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît plus cruel encore. »

La fin est déchirante, le livre commence calmement pour petit à petit instaurer une terrible tension. On se sent plonger dans la guerre. Prendre conscience de son atroce réalité. Assister à son arrivée par surprise, puis tout dévaster sur son passage.

Pour résumer …

Il m’a fallu m’accrocher au départ, à cette période de la vie où rien ne se passe si ce n’est l’enfance, et puis la guerre arrive, la violence, la mort. Ce livre est très fort, marquant aussi. Il m’a peut-être manqué un peu d’émotion dans l’écriture mais c’est définitivement une lecture dont on ressort un peu différent. Qui nous fait prendre conscience de la réalité de la guerre et d’un pays oublié.

Ma note : ★★★★★☆
(17/20)

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3 réflexions au sujet de « Petit pays • Gaël Faye »

  1. je suis contente que ce livre ait eu le Prix Fnac car le thème me semble très intéressant, et tant mieux si cela lui donne une certaine visibilité ! c’est une de mes prochaines lectures, je note ton bémol pour le début, mais il me fait vraiment envie

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