Contemporain

Police • Hugo Boris

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A priori, ce roman de la rentrée littéraire n’est pas exactement mon genre de prédilection et j’avoue que je n’avais absolument pas prévu de le lire jusqu’à ce que je tombe dessus par hasard à la médiathèque. Le résumé m’a énormément intéressée et j’ai donc décidé de le lire.

Résumé …

Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme. Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer. En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?

Mon avis …

La démarche de l’auteur est intéressante puisqu’il a intégré une brigade de gardiens de la paix afin de réussir à reproduire le plus justement possible leur quotidien dans son roman. Cela se sent à la lecture et assure sans aucun doute une crédibilité du texte. Le plus réussi est la façon dont il réussit à accrocher le lecteur instantanément. Le fait que le livre se déroule dans une soirée, presque à huis clos, le temps d’un trajet en voiture, permet aussi de faire monter une certaine tension qui m’a vraiment captivée pendant 170 pages.

Au cours de ce trajet, nous découvrons trois gardiens de la paix, tous très différents. Au centre du roman, il y a Virginie qui est une femme, avec les difficultés que cela implique lorsque l’on exerce ce métier. Elle a eu une relation avec Aristide, lui aussi présent dans la voiture, et est enceinte de lui au moment où le livre débute, prête à avorter dès le lendemain. A leurs côtés, Erik, un homme gradé qui vit pour son travail et qui incarne tout ce que l’on attend de lui. En cette soirée un peu particulière, ils vont être appelés pour une mission hors norme, à laquelle ils ne sont pas habitués. Parce que si leur quotidien est fait de vols, de femmes battues, de violences de rue, ce soir, ils sont appelés pour conduire un étranger à l’aéroport. Un homme venu du Tadjikistan expulsé de France et renvoyé dans son pays, dans lequel il est condamné à mort.

C’est en venant le chercher qu’ils apprennent le sort qui attend cet homme. Parce qu’une femme se bat pour ses droits, se révolte de son sort, et se heurte à l’indifférence de cette brigade qui ne fait qu’obéir, sans prendre conscience de l’acte qu’ils accomplissent et de l’impact que ce dernier va avoir pour cet homme. C’est sa vie qui est en jeu. Et les trois gardiens de la paix vont en prendre conscience. S’ils sont tous les trois très engagés dans leur travail, ils vont pourtant petit à petit basculer, réaliser ce qu’on leur demande et leur responsabilité dans tout cela.

« La responsabilité est dispersée entre la Préfecture, les gardiens, les escorteurs, la Police aux frontières, les pilotes, les hôtesses, les stewards, pour que chacun ait le confort de penser : ce n’est pas moi, c’est l’autre. »

J’ai été touchée par le personnage de Virginie, cette femme forte et sensible à la fois qui tente de se faire une place au sein d’un métier composé essentiellement d’hommes. J’ai été touchée aussi par Aristide qui, sous ses airs fiers et hautains, est profondément attaché à elle et la suit sans se poser aucune question. Erik est un personnage un peu plus difficile à apprécier, et c’est sans doute également le plus difficile à cerner.

Evidemment, le personnage du tadjik est le plus marquant du roman. Il sait qu’il a tout à perdre, et pourtant, il va faire face à ce rejet d’un pays en lequel il plaçait tous ses espoirs. On perçoit à travers lui toutes les souffrances qu’il porte, l’impossibilité d’accorder sa confiance à quiconque, l’avenir qui est si sombre. Je n’ai pu que ressentir, à travers ce personnage, l’écho de ces milliers de personnes concernées chaque jour par cette injustice incompréhensible : celle d’être née au mauvais endroit, au mauvais moment, et de n’être accueilli nulle part ailleurs.

Pour résumer …

Le dévouement pour son pays, pour son travail, soudain mis à mal lorsque la mission dépasse le cadre habituel, lorsqu’elle engendre la condamnation d’un homme. Une mise en valeur importante du statut d’étranger et une dénonciation de l’injustice de l’expulsion sans prise en compte des droits de l’homme. Un roman fort et des personnages complexes qui nous touchent par leur volonté d’agir et leurs incertitudes.

Ma note : ★★★★★☆
(15/20)

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8 réflexions au sujet de « Police • Hugo Boris »

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