Historique

Ces rêves qu’on piétine • Sébastien Spitzer

On continue la découverte des parutions de la rentrée littéraire avec un premier roman qui faisait déjà beaucoup parler de lui avant même sa sortie. Merci aux éditions de l’Observatoire pour cette lecture. Ce roman est en librairie depuis le 26 août.

Résumé …

Allemagne, avril 1945. Les parcours croisés de Magda Goebbels, femme la plus puissante du IIIe Reich, et d’Ava, trois ans, enfant du KZ-Bordell d’Auschwitz. Tandis que les alliés progressent, la première s’enfonce dans l’abîme de la folie nazie et la seconde, miraculée de l’horreur, tente d’échapper à son destin.

Mon avis …

Quel premier roman fascinant ! Vu son sujet, j’étais déjà convaincue avant même de l’avoir lu qu’il me plairait beaucoup mais cela fait du bien de ne pas être déçue et de découvrir une véritable plume, avec son style et ses promesses. Clairement, nous n’avons pas fini d’entendre parler de Sébastien Spitzer. Le choix fait par l’auteur est étonnant, voire même un peu osé : celui de nous présenter tour à tour une enfant victime des camps de concentration et la première dame du III° Reich, symbole du nazisme.

La littérature aide souvent à comprendre l’innommable, et c’est en quelques sortes la vocation de ce roman. J’ai été fascinée autant que perturbée par Magda, tout en sachant pertinemment l’horreur qu’elle incarnait. L’auteur s’inspire de sa vie pour romancer les derniers jours du nazisme et sa propre descente aux enfers. Je trouve toujours passionnant d’essayer de comprendre l’humain, d’autant plus quand il apparait a priori incompréhensible par ses actes ou ses pensées. Une personne comme Magda Goebbels représente cela. Comment est-il possible de participer à une entreprise de cette envergure, à l’un des génocides les plus grands de tous les temps ? Sébastien Spitzer approfondit la psychologie de ce personnage avec force et talent, et nous pousse à tenter de la comprendre. On découvre alors la jeune fille qu’elle a été, la misère dans laquelle elle a grandi et l’éducation qu’elle a reçue. Petit à petit, se dessine la femme qu’elle deviendra plus tard, avec ses ambitions, ses regrets et ses rancoeurs. En voyant son empire sur le point d’être détruit, Magda va donc devoir penser à sa propre fin, à celle de sa famille.

En parallèle, nous découvrons la fin des camps de concentration, le retour à la vie et la découverte, pour Ava, née à Auschwitz, de l’extérieur. Roman après roman, je n’arrive toujours pas à imaginer l’horreur des camps et le traumatisme que cela a pu représenter. Parce que lorsque l’on a été réduit à rien, comment revivre à nouveau ? Ava représente l’innocence, l’enfance. A à peine 3 ans, elle a pourtant vu davantage du côté sombre de l’être humain que la plupart d’entre nous. Elle a d’ailleurs été nommée ainsi en hommage à la sage femme qui l’a sauvée, alors que tant d’autres nourrissons étaient tués à la naissance.

J’ai été surprise par les angles d’approches choisis par l’auteur. Magda Goebbels pour le nazisme, d’abord. Non pas Hitler ni son mari, ministre de la propagande, mais bien cette femme, représentant le III° Reich à sa manière. Et puis une femme déportée utilisée en tant que prostituée au sein d’Auschwitz, ayant conçu, avec un nazi, une enfant qui sera ensuite cachée pendant toute leur captivité. On sent une volonté de raconter autrement cette période, de nous en montrer d’autres facettes. En nous dévoilant notamment la réaction de la population suite à la vision des rescapés des camps, prêts à tout pour les tuer, persuadés qu’ils étaient dangereux. Mais aussi en nous montrant comment les responsables nazis ont vécu leurs dernières heures, pris au piège et terrorisés à l’idée de savoir que des « traces » de leurs actions, des témoins, étaient désormais libres de leurs mouvements.

Le récit alterne entre dégout et admiration. Courage et lâcheté. Grandeur et bassesse. Le contraste est saisissant et le roman n’en est que plus fort encore. Si j’ai quelques regrets, c’est sans doute dans l’avancée de l’histoire. J’ai trouvé que l’on tournait quelque peu en rond, même si c’était sans doute une volonté que de situer son récit sur quelques jours, presque quelques heures, et j’aurais aimé peut-être suivre de façon un peu plus intime et profonde les différents personnages. J’ai eu une sensation que bien qu’on soit en leur compagnie dans un des moments les plus importants de leur vie, ils m’étaient presque insaisissables. Le livre est en tout cas vraiment très bien documenté et j’ai eu la sensation d’avoir appris beaucoup de choses, ce dont je suis très satisfaite.

Pour résumer …

C’est avec un angle d’approche original et une écriture précise et riche que Sébastien Spitzer décrit les derniers jours du nazisme par le biais du personnage de Magda Goebbels et d’une enfant née à Auschwitz. Entre force et écoeurement, ce livre est une vraie réussite et un premier roman très intéressant.

Ma note : ★★★★★☆
(16/20)

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5 réflexions au sujet de « Ces rêves qu’on piétine • Sébastien Spitzer »

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