Historique

Sous les branches de l’Udala • Chinelo Okparanta

Si j’aime tant la rentrée littéraire, c’est aussi parce qu’elle permet à de nombreux textes étrangers d’être enfin traduits en français. J’avais repéré ce roman de Chinelo Okparanta il y a déjà deux ans, et je ne m’attendais pas à pouvoir le lire en français. Je suis vraiment ravie que ce soit le cas. J’ai eu la chance de le recevoir avant sa sortie et d’avoir pu le lire au cours de l’été. Un grand merci à Belfond pour leur confiance.

Résumé …

Ijeoma a onze ans lorsque la guerre civile éclate au cœur de la jeune république du Nigeria. Son père est mort et sa mère, aussi abattue qu’impuissante, lui demande de partir quelques temps et d’aller vivre à Nweni, un village voisin. Hébergée par un professeur de grammaire et son épouse, Ijeoma rencontre Amina, une jeune orpheline. Et les fillettes tombent amoureuses. Tout simplement. Mais au Biafra, dans les années 1970, l’homosexualité est un crime. Commence alors le long et douloureux combat d’Ijeoma pour réussir à vivre ses désirs et, surtout, à comprendre qui elle est : il y aura la haine de soi, les efforts pour faire ce que l’on attend d’elle, et, enfin, la puissance des sentiments, envers et contre tous…

Mon avis …

Ce roman fut un véritable paradoxe ce lecture. A la fois extrêmement doux et très violent. Très calme dans son écriture, et très tendu dans le déroulé de son histoire. J’ai été très sensible aux sujets évoqués et à l’écriture de l’auteur qui ne peuvent que nous toucher. Pourtant, j’ai souvent été un peu distraite au cours de ma lecture, pas suffisamment accrochée, sans doute à cause de ce calme dont je parlais, qui ressort de l’écriture de l’auteur. C’est un peu comme si une tempête allait exploser, sauf que Chinelo Okparanta conserve cette tension tout au long de son récit.

L’histoire est celle d’une jeune fille qui grandit alors que la guerre civile explose au Nigeria. Dans un pays divisé par des guerres entre ethnies, elle va pourtant rencontrer une jeune haoussa, de laquelle elle va se rapprocher. Elles sont liées comme des amies, mais il y a plus, car elles sont attirées l’une par l’autre. Elles ont envie de se toucher, de s’embrasser. Au Nigeria, les relations entre deux personnes de même sexe et deux personnes de même ethnie sont prohibées. Accumuler les deux est pour le peuple une hérésie. En grandissant, Ijeoma va prendre conscience qu’elle est homosexuelle et qu’elle ne peut envisager être avec un homme. Mais comment faire dans une société où une femme n’a pas réussi sa vie tant qu’elle n’a pas trouvé un mari ?

La mère d’Ijeoma, face à cette révélation, va tout faire pour remettre sa fille dans le droit chemin. A la lecture de la Bible, elle va lui inculquer les valeurs qui sont, à ses yeux, les bonnes. Celles de Dieu, en lui répétant qu’une « femme sans homme n’est pas une femme ». En lui faisant penser qu’elle est maudite, anormale, et que si elle veut être une femme, elle doit trouver un mari et se marier au plus vite, en oubliant ces vices honteux qui représentent une abomination aux yeux de toute la société nigériane. En étudiant la Bible avec sa mère, Ijeoma va éveiller sa conscience et se forger ses propres opinions. Elle va réaliser comme on a tendance à faire mentir les textes pour imposer des idées et décider qu’il est de sa liberté de l’interpréter autrement. Pourtant, toute sa vie, elle va tenter de lutter contre cette force en elle qui la pousse à penser aux femmes, espérant pouvoir réussir à être heureuse avec un homme, à être normale.

Encore aujourd’hui, l’homosexualité est punissable par la lapidation dans de nombreuses régions du Nigeria. La religion domine ce pays, et les droits des personnes homosexuelles sont inexistants. Ce roman est plus qu’utile, il est là pour dénoncer, pour ouvrir les yeux sur l’ignorance qui gouverne encore tant de zones du globe. C’est un livre que je crois très important, même si j’ai été un peu gênée dans ma lecture par le calme très prenant du récit qui m’a empêchée d’être emportée par des émotions fortes comme je l’aurais souhaité. Et pourtant, j’ai adoré le sujet, le personnage principal et cette ouverture vers la culture nigerianne. Le livre était juste un peu trop linéaire dans sa narration pour qu’il me marque encore plus. Je ne peux que vous recommander cette lecture. Ce roman est une lutte contre l’ignorance, contre l’interprétation unique d’un texte religieux et contre l’intolérance de certaines sociétés dominées par la religion.

Pour résumer …

Un roman très calme dans son écriture qui contient pourtant un sujet extrêmement fort : celui de l’homosexualité au Nigeria, encore aujourd’hui punissable de lapidation dans certaines zones du pays. Cet ouvrage est comme une lutte contre l’ignorance, pour que l’ouverture et la tolérance puissent enfin avoir une place dans une société où la religion et ses interprétations font la loi.

Ma note : ★★★★★☆
(16/20)

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5 réflexions au sujet de « Sous les branches de l’Udala • Chinelo Okparanta »

  1. Bonjour collègue,

    Je suis toujours « attiré » par les romans qui traitent de l’homosexualité, même si cela ne me concerne pas personnellement. Je suis régulièrement outré que l’on ait encore besoin de rappeler que l’homosexualité est « normale » et que tout le monde devrait « s’y faire ».

    J’en suis venu à ne plus porter le moindre regard sur ces nombreux romans, car j’estime personnellement qu’il s’agit d’une préférence sexuelle et identitaire dont on devrait parler comme on le fait depuis toujours avec l’hétérosexualité.

    Ce roman déroge-t-il à la règle de « promouvoir l’homosexualité » comme une normalité ?

    J’ai peur d’être déçu, et en même temps, avec une si belle chronique on souhaite se lancer dans l’aventure.

    1. Ce roman ne fait qu’établir le fait que de nombreuses personnes ont du, et doivent encore, cacher ce qu’elles sont pour vivre en paix. Et cela n’est pas normal, voilà ce que ce livre démontre. Il me semble que malheureusement il est encore utile de le rappeler et de dénoncer les discriminations même si je rêverais également d’un monde où cela n’aurait aucune importance, ou chacun pourrait aimer qui il le souhaite sans être stigmatisé, agressé ou humilié .. mais ce n’est pas le cas de nos jours malheureusement. La littérature est aussi là pour s’engager et je trouve cela très important.

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