Contemporain

Les gratitudes • Delphine de Vigan

Livre après livre, Delphine de Vigan est devenue une auteur que j’affectionne. Après avoir lu No et moi, Rien ne s’oppose à la nuit, D’après une histoire vraie et Les loyautés, lire son nouveau roman était une évidence. Merci à JC Lattès de me l’avoir envoyé pour me permettre de le lire avant sa sortie. Il sort en librairie aujourd’hui.

Résumé …

« Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d’un prénom, d’une image, d’un mot. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. Les confidences. Et la peur de mourir. Cela fait partie de mon métier. Mais ce qui continue de m’étonner, ce qui me sidère même, ce qui encore aujourd’hui, après plus de dix ans de pratique, me coupe parfois littéralement le souffle, c’est la pérennité des douleurs d’enfance. Une empreinte ardente, incandescente, malgré les années. Qui ne s’efface pas. » Michka est en train de perdre peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes se retrouvent : Marie, une jeune femme dont elle est très proche, et Jérôme, l’orthophoniste chargé de la suivre.

Mon avis …

En recevant ce nouveau roman, j’ai encore une fois été étonnée par son épaisseur très fine, puisque le roman ne fait que 190 pages. J’ai tendance à avoir besoin de m’imprégner longtemps d’un livre pour qu’il me marque, et c’était un peu ma crainte ici, de ne pas réussir à l’apprécier comme les précédents. Force est de constater que Delphine de Vigan est une grande autrice, et j’ai tendance à oublier cela à chaque nouveau livre. Je le réalise en me laissant une nouvelle fois surprendre par son écriture. En quelques pages, j’ai été emportée par cette histoire et ce fut un bonheur de la constater.

“Quand je les rencontre pour la première fois, c’est toujours la même image que je cherche, celle de l’Avant. Derrière leur regard flou, leurs gestes incertains, leur silhouette courbée ou pliée en deux, comme on tenterait de deviner sous un dessin au vilain feutre une esquisse originelle, je cherche le jeune homme ou la jeune femme qu’ils ont été. Je les observe et je me dis : elle aussi, lui aussi a aimé, crié, joui, plongé, couru à en perdre haleine, monté des escaliers quatre à quatre, dansé toute la nuit. Elle aussi, lui aussi a pris des trains, des métros, marché dans la campagne, la montagne, bu du vin, fait la grasse matinée, discuté à bâtons rompus. Cela m’émeut, de penser à ça. Je ne peux pas m’empêcher de traquer cette image, de tenter de la ressusciter.”

Ce qui m’a touchée, comme dans le roman précédent, c’est l’humanité qui s’en dégage. Cette fois-ci, j’ai ressenti une grande tendresse aussi dans ce texte qui nous parle de la vieillesse, du temps qui passe et de l’autonomie qui se réduit progressivement. C’est ce que va vivre Michka, une vieille dame qui va être admise en maison de retraite pour être prise en charge, elle qui n’est plus réellement capable de se débrouiller seule et qui, surtout, mélange les mots entre eux. Ses phrases perdent en cohérence, en logique. Le vocabulaire se brouille, les mots s’inversent, et elle se sent s’éloigner de celle qu’elle a été.

Pour Jérôme, orthophoniste, il faut accompagner jusqu’à la fin, constater le déclin, inéluctable, mais rester présent, savoir écouter, raviver la mémoire, et tenter de faire persister le langage, qui est finalement ce qui constitue notre principal rapport au monde, ce qui nous fait exister aussi. J’ai vraiment été touchée en peu de pages, parce que ce roman est puissant, il sonne juste, il nous fait forcément penser à nos grands et arrières grands-parents. Parce que l’on côtoie des personnes âgées, qu’on les voit perdre en autonomie, qu’ils changent année après année, et qu’il faut l’accepter. Vieillir fait partie de l’existence.

Marie et Jérôme sont des personnages secondaires qui ne sont là que pour nous permettre de mieux voir Michka. De la laisser nous raconter que la vie passe vite, qu’il est ensuite trop tard pour les regrets, qu’il faut pouvoir partir en ayant la sensation d’avoir tout dit, tout fait. C’est elle qui est véritablement au coeur de ce roman, qui nous livre avec tendresse ce que partir signifie, et l’importance de la liberté pour terminer sa vie.

Pour résumer …

Beaucoup de tendresse pour évoquer la vieillesse et le temps qui passe. Un roman plein d’humanité, très touchant, porté par l’écriture si belle de Delphine de Vigan.

Ma note : ★★★★★★
(18/20)

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9 réflexions au sujet de « Les gratitudes • Delphine de Vigan »

  1. Il a l’air vraiment bien, rien que le résumé donne très envie, l’écriture est belle, je me laisserai surement tenter. Je n’ai lu que « No et moi » de cette autrice, j’avais beaucoup aimé, c’est une histoire très touchante.

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