Contemporain

Reste avec moi • Ayọ̀bámi Adébáyọ̀

Parmi les parutions du début d’année, ce roman était sans doute celui qui m’enthousiasmait le plus. J’avais vu son accueil extraordinaire à l’étranger et je me suis sentie très chanceuse de pouvoir enfin le lire, puisqu’il était traduit dans ma langue. Merci beaucoup à Charleston de me l’avoir envoyé.

Résumé …

Yejide et Akin vivent une merveilleuse histoire d’amour. De leur coup de foudre à l’université d’Ifé, jusqu’à leur mariage, tout s’est enchaîné. Pourtant, quatre ans plus tard, Yejide n’est toujours pas enceinte. Ils pourraient se contenter de leur amour si Akin, en tant que fils aîné, n’était tenu d’offrir un héritier à ses parents. Yejide consulte tous les spécialistes, médecins et sorciers, avale tous les médicaments et potions étranges… Jusqu’au jour où une jeune femme apparaît sur le pas de sa porte. La seconde épouse d’Akin. Celle qui lui offrira l’enfant tant désiré. Bouleversée, folle de jalousie, Yejide sait que la seule façon de sauver son mariage est d’avoir un enfant. Commence alors une longue et douloureuse quête de maternité qui exigera d’elle des sacrifices inimaginables.

Mon avis …

Lire sur la condition de la femme dans le monde est sans aucun doute l’une de mes passions. C’est une thématique qui me passionne, sans doute parce que je suis moi-même une femme et que je trouve qu’il est si important de s’informer des droits des femmes dans le monde entier, aujourd’hui. « Reste avec moi » nous emmène au Nigeria, et cette lecture a fait écho à une autre, lue il y a peu de temps, se déroulant dans le même pays : Sous les branches de l’Udala.

Une nouvelle fois, j’ai trouvé cette lecture riche en apprentissages, comme une fenêtre ouverte sur une culture qui m’est étrangère. Chaque livre apporte un angle nouveau à ce puzzle que j’essaie de constituer, espérant réussir à saisir le plus de nuances possibles sur ce pays comme sur tant d’autres. Le Nigeria est complexe, en raison de son Histoire politique notamment, mais aussi de ses traditions encore très ancrées, qui impactent notamment beaucoup les femmes.

Ce sont de ces traditions-là que Yejide va être victime puisqu’ayant trouvé un homme qu’elle aime, et ayant atteint l’âge souhaitable, l’ensemble des femmes qui l’entourent vont lui faire comprendre que l’heure est venue pour elle d’enfanter. Ils ont beau s’aimer profondément, s’être unis par amour sincère, par convictions communes et parce qu’ils ressentent l’un pour l’autre de véritables sentiments, Yejide et son époux n’arrivent pas à avoir d’enfant. Mois après mois, ses règles continuent d’apparaître. Son ventre reste creux, vide. Terrible destin dans ce pays où la femme n’est considérée comme utile et respectable que si elle donne la vie.

Ces échecs répétés, cette impossibilité de concevoir un enfant, vont impacter ce couple a priori soudé, qui va alors s’éloigner. Yejide se renferme, tétanisée par ce désir d’enfant qui n’aboutit pas, par cette sensation de ne pas remplir son rôle. Et puis, un jour, son mari va accepter de prendre une deuxième épouse. Sort commun à de nombreux couples, notamment lorsque la première épouse n’arrive pas à tomber enceinte. La polygamie est une normalité dans la culture nigériane, et Yejide va donc devoir cohabiter avec cette autre femme qu’elle n’a pas choisie, et partager avec elle son époux et l’homme qu’elle aime.

Ce livre provoque de nombreuses réflexions, notamment lorsque l’on a un regard occidental, dont la culture et les traditions sont très éloignées de celles d’un pays comme le Nigéria. Difficile d’admettre l’existence de la polygamie et de voir la femme être réduite à une mère, sans autre possibilité pour elle de s’épanouir ou d’exister. On est forcément touché d’assister à l’impuissance de ce couple face à l’infertilité, dans cette société où elle n’est tout simplement pas admise. C’est vraiment un livre sur le couple, quand l’un et l’autre se détruisent parce qu’ils souffrent sans pour autant le partager, mais plutôt en s’isolant, chacun dans ses non-dits et ses douleurs propres. La fin m’a d’ailleurs bouleversée, elle nous fait prendre conscience à quel point la souffrance d’une personne peut la conduire à faire des sacrifices terribles.

Je n’ai pas eu le coup de coeur pour ce livre pour quelques raisons. S’il m’a profondément intéressée et s’il me marquera, il m’a manqué un attachement plus profond au personnage de Yejide que j’ai sentie un peu trop éloignée du lecteur, alors que son destin est pourtant bouleversant. J’ai eu la sensation que les malheurs s’acharnaient sur elle de façon un peu trop répétée et soudaine, sans que chaque fait soit vraiment développé. Tout va un peu trop vite à mon goût et la narration m’a par moment laissé un sentiment de confusion, les chapitres changeant de point de vue de façon un peu abrupte, sans que cela ne soit clair. Je crois cependant que ce livre est utile, qu’on doit le lire pour comprendre ce que vivent les femmes dans certains pays. C’est également une très belle histoire qui, par ses bouleversements nombreux, vous serrera le cœur à coup sûr.

Pour résumer …

Ce roman fut très riche que ce soit au regard de la culture nigériane, ses traditions, la place de la femme mais aussi le couple et son désir d’enfant. C’est une lecture très profonde sur les souffrances de chacun et les non-dits et la fin m’a profondément touchée car elle donne au roman une force encore plus grande.

Ma note : ★★★★★☆
(16/20)

Une réflexion au sujet de « Reste avec moi • Ayọ̀bámi Adébáyọ̀ »

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