Contemporain

Ce qu’elles disent • Miriam Toews

Lorsque j’ai commencé à surveiller les parutions de la rentrée littéraire, ce roman m’a immédiatement intéressée. Je remercie les éditions Buchet / Chastel pour la lecture de ce livre, en librairie depuis le 22 août.

Résumé …

Colonie mennonite de Manitoba, 2009. Alors que les hommes sont partis à la ville, huit femmes – grands-mères, mères et jeunes filles – tiennent une réunion secrète dans un grenier à foin. Depuis quatre ans, nombre d’entre elles sont retrouvées, à l’aube, inconscientes, rouées de coups et violées. Pour ces chrétiens baptistes qui vivent coupés du monde, l’explication est évidente, c’est le diable qui est à l’œuvre. Mais les femmes, elles, le savent : elles sont victimes de la folie des hommes. Elles ont quarante-huit heures pour reprendre leur destin en main. Quarante-huit heures pour parler de ce qu’elles ont vécu, et de ce qu’elles veulent désormais vivre. Analphabètes, elles parlent un obscur dialecte, et ignorent tout du monde extérieur.

Mon avis …

En ouvrant ce livre, je n’avais jamais entendu parler des colonie mennonites, et donc encore moins de celle de Manitoba. L’auteur s’est inspirée d’un fait réel, un scandale qui a fait beaucoup de bruit : le procès de plusieurs hommes de la colonie après qu’ils aient avoué avoir violé de nombreuses femmes. En effet, chaque nuit, des femmes se réveillaient sans souvenir de ce qu’il s’était produit au cours de la nuit, mais avec des signes très clairs qu’elles avaient été abusées. Il fut révélé ensuite que ces derniers utilisaient de l’anesthésiant vétérinaire pour endormir leurs victimes et les abuser. Au sein de la colonie de 2500 habitants, il a été constaté que plus d’un foyer sur deux a été touché par ces agressions.

A partir de ce fait divers terrible, Miriam Toews s’est interrogée sur le sort des victimes. Sur toutes ces femmes qui ont subi ces violences. Prisonnières de la colonie, analphabètes, sans connaissance du monde extérieur. Elle va alors imaginer ces femmes se réunir un jour où les hommes sont absents, pour réfléchir ensemble à la manière dont elles doivent réagir. Doivent-elles rester ? Partir ? C’est une réflexion collégiale qu’elles vont entamer, perturbées aussi par l’amour qu’elles portent à ces hommes, qui sont leurs frères, pères, fils, maris.. Par ces réunions auxquelles on assiste, c’est une révolte féminine qui nait, face à l’insupportable. Les victimes sont, en effet, âgées de 3 à 65 ans, et il semble impossible de continuer à les subir en silence.

Dans cette société patriarcale, les femmes sont enfermées, sans parler la langue du pays dans lequel elles vivent puisqu’elles parlent un dialecte allemand alors qu’elles vivent en Bolivie, sans pouvoir lire ou écrire, et sans savoir ce qu’elles trouveront en dehors des frontières de leur colonie. Évidemment, elles ne peuvent qu’être effrayées par cet inconnu, et pourtant, c’est leur force et leur courage qui ressort de ce roman. Elles ont un désir profond de retrouver leur liberté et de s’affranchir de ces violences qu’elles vivent quotidiennement. Dans ce huit-clos si particulier, ce sont des réflexions sur l’existence, le bien et le mal mais aussi la foi qui vont animer les discussions. L’idée même de partir soulève une multitude de questionnements pratiques qui peuvent paraître parfois dérisoires et donner l’impression que l’histoire stagne beaucoup. Pourtant, tout ceci est écrit avec beaucoup de réalisme. J’imagine tout à fait que ce seraient ces discussions-là que des femmes vivant dans une telle colonie pourraient avoir. Par leurs idées, leurs échanges, elles remettent en question toute l’organisation de la colonie qui, dans sa structure même, impose la soumission des femmes envers les hommes. C’est leur liberté qu’elles veulent se réapproprier, et dont elles ont été privées notamment parce qu’elles ne savent ni lire ni écrire. C’est parfois un roman presque philosophique, profondément inspirant.

« Le problème (…), c’est que ce sont les hommes qui interprètent la Bible et qui nous transmettent leur interprétation. »

Si ce roman m’a profondément intéressée, j’ai dû pourtant en fractionner sa lecture. Le livre est incontestablement envahi d’une lenteur, mais ces femmes sont amenées à prendre une décision qui changera à jamais leur existence et bouleversera tout ce qu’elles ont toujours connu. L’écriture étant très particulière, la forme aussi, j’ai eu quelques difficultés à rester captivée par le récit. Les phrases sont courtes, et le fait que les réflexions des femmes nous soient relatées par un protagoniste externe a atténué leur potentiel émotionnel. Cela ne m’a pas aidé à me sentir encore plus entrainée dans l’histoire. Malgré tout, ce roman restera marquant pour moi, par son sujet et tout ce qu’il m’aura appris. Et je crois réellement que ce genre de livres est important. Ce ne sont pas de ceux qui nous font passer un moment agréable, mais de ceux qui nous bousculent et nous enseignent beaucoup, pour élargir notre regard sur le monde. Dans cette période où le féminisme prend de plus en plus de place, ce livre est parfaitement d’actualité. Je me souviendrai longtemps de ce livre, en raison de son intérêt historique et de son caractère instructif.

Pour résumer …

Cette lecture a été difficile en raison de sa forme, mais sa thématique est très instructive et intéressante. Miriam Toews a écrit un roman qui met en lumière un fait divers terrible et qui est une véritable ode à la liberté.

Ma note : ★★★★★☆
(15/20)

4 réflexions au sujet de « Ce qu’elles disent • Miriam Toews »

  1. Il fallait bien que je vienne chez toi pour découvrir un roman qui se passe dans le Manitoba, une province du Canada, mon pays. Je le note, ce genre de roman m’intéresse toujours. Merci pour ce billet. 🙂

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