Contemporain

Sublime Royaume • Yaa Gyasi

En juin 2017, j’ai découvert Yaa Gyasi avec son premier roman « No Home » et ce fut une révélation tant ce texte était d’une complexité et d’une beauté rares. La sortie de son deuxième roman, tout de suite traduit en français, a donc été pour moi un évènement, et il était logique que je débute ma découverte de la rentrée littéraire 2020 avec ce texte. Merci beaucoup aux éditions Calmann-Lévy de me l’avoir envoyé. Ce roman est en librairie depuis le 19 août.

Résumé

Gifty, américaine d’origine ghanéenne, est une jeune chercheuse en neurologie qui consacre sa vie à ses souris de laboratoire. Mais du jour au lendemain, elle doit accueillir chez elle sa mère, très croyante, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même et reste enfermée dans sa chambre toute la journée. Grâce à des flashbacks fort émouvants, notamment sur un frère très fragile, nous découvrons progressivement pourquoi la cellule familiale a explosé, tandis que Gifty s’interroge sur sa passion pour la science si opposée aux croyances de sa mère et de ses ancêtres ?

Mon avis …

Je ne vais pas le cacher, mes attentes concernant ce livre étaient très élevées. Je me rappelle encore le choc littéraire que j’avais ressenti à la lecture de « No Home » et j’avais vraiment hâte de relire Yaa Gyasi. En commençant « Sublime Royaume », j’ai été un peu décontenancée car ce texte n’avait vraiment rien à voir avec le premier et était même radicalement différent. Cette fois-ci, l’autrice a choisi d’ancrer son histoire dans l’époque contemporaine, et a également utilisé un angle très intime, à l’inverse de son précédent et son ampleur historique incroyable.

Avec ce deuxième roman, nous sommes immergés dans le quotidien d’une famille ghanéenne immigrée aux Etats-Unis par le biais de Gifty, une jeune femme chercheuse en neurologie, spécialisée dans l’étude des souris. A travers ses souvenirs, nous allons découvrir ce qu’a été son enfance, et ce qui l’a conduit à devenir la femme qu’elle est aujourd’hui. C’est d’abord l’absence d’un père qui va marquer son existence, puis un drame familial immense qui va détruire sa vie et celle de sa mère, plongée dans une dépression dont elle n’arrive pas à sortir.

Le début de ma lecture a été un peu difficile, l’écriture étant assez complexe, et progressivement, j’ai été touchée par cette histoire et notamment par le lien de Gifty et Nana. L’autrice évoque tant de sujets passionnants, comme la dépendance et la neuroscience dans laquelle se réfugie son héroïne pour tenter de comprendre l’âme humaine tout autant que l’existence dans sa globalité. C’est aussi parce que les personnes qu’elle aime le plus vont lui échapper pendant son enfance et son adolescence, qu’elle va se construire en tant qu’adulte en se raccrochant à ce qui peut s’expliquer. A savoir la science. Sa détermination à mener à bien son étude, l’implication et le temps qu’elle y consacre ne sont qu’un miroir de sa propre vie, une quête désespérée de comprendre la nature humaine et ses failles. D’essayer de réparer ce qui ne peut plus l’être. Quand j’ai compris cela, j’en ai été bouleversée, et ce sont les fêlures dans l’existence de Gifty qui rendent ce roman plus beau encore.

Dans sa quête désespérée de réponses scientifiques, Gifty va se heurter à la limite de cette science qu’elle vénère tant. Elle va comprendre que l’être humain lui-même est un mystère qui ne pourra jamais être totalement compris ni maitrisé. Les recherches sans aucun doute effectuées par Yaa Gyasi pour développer cet aspect de son roman sont très intéressantes. Il y a également la religion qui prend une grande place dans ce roman et qui vient en permanence se heurter aux théories scientifiques auxquelles se raccroche Gifty. C’est finalement une quête d’elle-même qu’elle va devoir mener, en essayant de survivre quand tout autour d’elle s’effondre.

J’ai également trouvé que ce roman apportait une vision intéressante de ce que peut être la société américaine pour des personnes immigrées, mais aussi de la religion. Par certains aspects, ce texte a pu me rappeler Americanah et Le coeur battant de nos mères, tant dans l’ambiance que dans les thématiques abordées. L’analyse de l’autrice concernant le racisme encore si présent dans la société américaine est si pertinente et éclairante qu’elle constitue, à elle seule, un des grands intérêts de ce roman. Yaa Gyasi a su prouver avec ce deuxième roman qu’elle pouvait bousculer un lecteur de plusieurs façons et se révéler dans différentes formes d’écriture. Cela ne me donne qu’encore plus hâte de la relire. Si tous ses romans sont aussi aboutis que ses deux premiers, elle risque de marquer la littérature de manière indiscutable.

Pour résumer …

Un deuxième roman radicalement différent du premier, mais riche de mille façons. Avec un angle très intimiste, Yaa Gyasi dévoile la vie de Gifty et sa quête d’elle-même face aux drames qui vont toucher sa famille. Essayer de comprendre l’être humain et l’existence pour survivre, voilà ce à quoi elle va dédier sa vie.

Ma note : ★★★★★☆
(17/20)

7 réflexions au sujet de « Sublime Royaume • Yaa Gyasi »

  1. C’est fou parce que j’ai commandé « No home » ce matin ! Le deuxième ouvrage a l’air tout aussi intéressant enfin c’est le genre de sujet que j’aime lire et j’espère que beaucoup le liront également afin que le plus grand nombre d’esprits puissent ouvrir les yeux sur ce qui ce passe au XXIème siècle. Je vais peut-être te choquer mais au fil du temps, il y a eu beaucoup de progrès, d’évolution en matière de technologie et dans tant d’autres domaines… mais parfois quand je vois ce qu’il se passe sur notre planète, je me dis que les rapports humains, l’altruisme, l’empathie… enfin je me demande souvent si nous évoluons vraiment dans le bon sens… J’ai également mis de côté « Le cœur battant de nos mères ». Je t’en dirais plus quand j’aurai lu ces deux ouvrages. Merci à toi pour tes chroniques toujours aussi percutantes et passionnantes ! Belle journée à toi ☼

  2. Un des livres de cette rentrée qui me tente le plus. Il faudrait que je lise No Home. Le résumé de celui-ci, ancré dans le contemporain, me tente un peu plus et je pense que je vais commencer cette autrice avec celui-ci.

  3. Ce roman a l’air tellement riche culturellement parlant, c’est vrai que No Home ne m’attirait pas plus que ça mais tu m’as donné envie de le lire, celui ci aussi par la même occasion, je sortirai complètement de ma zone de confort en lisant cette auteur, ça c’est sûr ! Merci de ton retour en tout cas @meslivresdepoche

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