Contemporain

Les loyautés • Delphine de Vigan

La parution d’un nouveau roman de Delphine de Vigan est pour moi assez incontournable, ayant déjà lu et aimé No et moi, Rien ne s’oppose à la nuit, Jours sans faim, et D’après une histoire vraie. Ce livre sortira le 03 janvier prochain, merci à JC Lattès de m’avoir permis de le lire avant sa sortie.

Résumé …

« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas.»

Théo, enfant du divorce, entraîne son ami Mathis sur des terrains dangereux. Hélène, professeur de collège à l’enfance violentée, s’inquiète pour Théo : serait-il en danger dans sa famille ? Quant à Cécile, la mère de Mathis, elle voit son équilibre familial vaciller, au moment où elle aurait besoin de soutien pour protéger son fils. Les loyautés sont autant de liens invisibles qui relient et enchaînent ces quatre personnages.

Mon avis …

Je pense que quand on a lu la plupart des œuvres de cette auteur, on peut difficilement s’attendre à autre chose, mais le fait est là, clair, net et précis : Les loyautés est un texte sombre. Delphine de Vigan a écrit un roman court, et qui pourtant nous plonge dès le départ dans une tristesse et une noirceur certaines. C’est l’histoire de Théo, avant tous les autres personnages qui gravitent autour de lui et qui en font un roman presque choral. Théo qui va au collège à reculons, qui cherche un moyen de disparaitre, d’être invisible, qui s’enferme dans l’alcool, le plus fort possible.

C’est une victime d’un contexte familial complexe, d’une mère qui ne veut plus entendre parler de cet ex-mari, qui reçoit encore son enfant une semaine sur deux. Qui veut ignorer qu’il existe même encore. Et pourtant, au milieu de cette tension familiale, Théo est là, lui. Il survit entre deux mondes, celui de sa mère qui veut conserver les apparences, et de son père, qui lentement disparait. Autrefois vivant, aimant, très occupé, ce père sombre peu à peu. Il se laisse mourir, en quelques sortes.

« Parfois je me dis que devenir adulte ne sert à rien d’autre qu’à ça : réparer les pertes et les dommages du commencement. Et tenir les promesses de l’enfant que nous avons été. »

De nombreux personnages côtoient Théo, et pourtant personne ne comprend vraiment ce qu’il traverse en raison du mur qu’il bâtit chaque jour entre sa vie familiale et le reste du monde. Son rôle d’élève perturbé, renfermé, dans son monde, ne le dérange pas. Il est prêt à tout supporter si cela permet de ne pas attirer l’attention sur ses véritables problèmes. Sur ces semaines entières où il devient le père de son propre père, où il nettoie son appartement, où il essaie de les nourrir tous les deux avec quelques euros à peine pour sept jours, où il vit dans une saleté et une noirceur innommables.

Il y a tout de même Hélène, sa professeur de sciences, qui se pose de nombreuses questions. Elle-même cache en elle de nombreuses blessures, une enfance traumatisante, et elle se retrouve beaucoup en lui. Elle souhaite être la main tendue qu’elle n’a jamais reçue. Alors, elle s’immisce plus que de raison dans la vie du jeune homme, elle dépasse les limites que son métier lui impose. Tout sauf laisser un enfant se perdre lui-même à cause d’adultes autour de lui.

Ce sont les deux personnages marquants du roman, mais d’autres viennent s’ajouter, nous faisant constater comment l’entourage peut parfois ne pas comprendre, ne pas souhaiter réagir, avoir peur aussi de la souffrance d’autrui. Le texte a beau être très court, il n’en est pas moins violent et ses sujets et son écriture m’ont, une nouvelle fois, assez bouleversée. Delphine de Vigan parle toujours à mon cœur avec ses mots et sa langue, vifs et directs. Refermer ce livre n’est pas évident, car il reste forcément un peu en nous, d’une manière ou d’une autre.

Pour résumer …

Comprend-on toujours la détresse et les vies de ceux que l’on côtoie ? C’est l’un des sujets de ce roman court mais pourtant violent qui m’a beaucoup touchée.

Ma note : ★★★★★★
(18/20)

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12 réflexions au sujet de « Les loyautés • Delphine de Vigan »

  1. Oh je sens qu’il va me plaire, celui-là… comme tous les romans de l’auteur d’ailleurs…. merci pour cette belle chronique et bonne année 🙂

  2. J’ai lu absolument tous les romans de Delphine de Vigan (je suis du genre puriste maniaque) et chaque sortie d’un de ses nouveaux livres est toujours un moment très particulier pour moi. Je ne veux jamais en savoir trop avant d’avoir ouvert le livre ; du coup je n’ai lu ta chronique qu’en diagonale.
    Je retiens néanmoins que tu l’as adoré ; j’espère que ce sera mon cas aussi !

  3. Je n’ai lu aucun livre de Delphine de Vigan et le résumé de celui-ci me parle beaucoup. J’imagine que dans ce roman il est question de la façon dont notre passé vient parfois déformer notre vision d’adulte. Il est sorti quand ?

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